Nos adieux à notre étoile, notre deuil périnatal


En attendant Bébé, Non classé, Parentalité / Thursday, April 4th, 2019

J’ai longuement réfléchis aux mots que je devais poser ici, au fait d’expliquer mon absence… Est-ce important de te parler, plus en détails de notre deuil périnatal ? Est-ce indispensable de t’évoquer l’histoire de cet enfant qui devint une étoile ? Oui, ça l’est car aujourd’hui, c’est un tabou de notre société. On ne parle jamais de ces parents dont les espoirs sont réduits à néant et bien souvent, la grossesse est passée sous silence.

L’histoire que je m’apprête à te conter est la nôtre. Elle a débuté de manière classique pour se finir dans les larmes, en lesquelles se sont mêlés incompréhension, rage, haine et tristesse. Si ton cœur reste sensible à tout cela, je t’inviterais à lire ceci, plus tard… Quand tu seras prêt(e). L’écrire n’aura pas été facile mais je me devais de le faire, j’aime à croire que mon étoile tout là-haut m’a donné cette mission.

Quand l’espoir se concrétise

Nous voulions avoir deux enfants d’âges rapprochés avec un écart d’environ 3 ans, c’est bien trois ans. Mais malheureusement, après un accouchement traumatique, j’ai eu beaucoup de mal à retrouver une intimité constante et une libido similaire à ce que je ressentais avant de donner la vie.
C’est commun. Seulement, on en parle pas ou très peu, c’est un tabou.
Une femme doit se réapproprier son corps. Hélas, il a changé, plus rien n’est pareil et c’est difficile. Je t’en reparlerai…

Avec le temps et l’amour, j’ai commencé à surmonter cette étape de ma nouvelle vie et je me suis sentie enceinte sans qu’un test ne l’ai prouvé. Je ne voulais pas sauter de joie trop rapidement…
J’ai fais un test et attendu patiemment la confirmation. Que je n’ai pas cru avant la prise de sang quelques jours plus tard. J’étais ravie sans encore réaliser ma grossesse !

Les jours passent et nous décidons de garder le secret…

Nous ne voulons rien dire; Garder ce secret comme un trésor et prendre le temps de mûrir notre amour pour ce petit être. Personne ou presque, ne le sait, même pas notre famille (ni notre fille) car nous voulons leur offrir une belle annonce.

3 jours.

Trois jours avant que mes yeux se remplissent de larmes, je photographie enfin mon ventre qui s’arrondit.
Signe d’une grossesse plutôt avancée, je dirais en être à presque 3 mois…

La journée se passait normalement, je m’occupais de ma fille qui avait une petite grippe quand j’ai senti que quelque chose était anormal. Je me suis levée calmement et me suis dirigée vers la salle de bain, au fond de moi… Je savais. J’ai vu du sang. Trop de sang, beaucoup de sang. Je savais mais refusais d’y croire alors j’ai attendu… Quelques heures plus tard, je l’ai annoncé à mon compagnon qui rentrait du travail (il était inutile de le faire paniquer, encore une fois, je savais) et je ne suis pas allée à l’hôpital. Qu’aurait-ils pu faire après tout !?

Rien.

Ils n’auraient rien fait. C’était une fausse-couche. Mon bébé était mort.
Qu’aurait-ils pu faire… Absolument rien.

J’ai fini par me rendre à l’hôpital. Leurs mots m’ont blessée, c’était tout ce que je ne voulais pas imposer à cette petite âme. Je voulais lui faire ressentir tout notre amour, pas notre peine. Nous l’aimions déjà tant… Notre Mandarine.

Madame, vous avez déjà une fille, soyez donc heureuse.” // “Ce n’était pas réellement un bébé…” // “Eh… Oui, vous avez du matériel à la sortie du col. Je peux l’enlever si vous voulez comme ça c’est terminé.

Ne touchez pas à mon enfant ! J’ai formellement refusé tout acte médical car ma santé n’était pas en jeu et je suis rentrée chez moi…
Quelques heures plus tard, auprès des miens, j’ai donné naissance à une étoile.

Notre monde s’est arrêté.

Je ne connaîtrai jamais l’éclat de ton rire. Je ne verrai jamais ton sourire. Je ne caresserai pas tes cheveux. Ne serrerai pas ta petite main… Ta voix ne parviendra pas à nos oreilles et tes actes ne rythmeront pas notre quotidien. Tout nous a été volé. Pourquoi ? Qu’avons-nous fait !

La période de deuil commence après tout ça. Nous sommes pourtant seuls. Nous ne sommes pas encadrés. Nous ne sommes pas aidés car “ce n’était pas réellement un bébé” et je n’étais pas réellement enceinte aux yeux de la loi. J’étais… Malade. La grossesse n’est reconnue qu’après datation, au-delà du 3ème mois. Je devais y aller mais mon enfant est parti avant, je n’étais donc pas enceinte, mais malade. Je suis livrée à moi-même, mon compagnon aussi et notre fille ne comprend rien à ce qu’il se passe.

Le noyau familial prend un coup, des tensions naissent au sein du clan. Pour m’aider, je n’ai personne mise à part celle qui devait être ma Doula. Un ange. Elle aura trouvé les mots pour m’apaiser un peu, le reste c’est le temps et nos rituels qui l’auront fait ainsi que les phases du deuil.

Aujourd’hui, cela fait un mois que nous t’avons perdu.

Tu es né, un 6 Mars 2019 à 1h10.

La naissance d'une étoile, notre deuil périnatal - La Fille des Saisons

7 Replies to “Nos adieux à notre étoile, notre deuil périnatal”

  1. Je crois que tu as trouvé les mots justes, en tout cas ça me parle, je me reconnais dans ceux que tu as choisi Je ne souhaite à personne de vivre cela Et à toutes les femmes ,et couples qui se retrouvent confronté à cette tragédie, je leur souhaite de tout coeur d’arriver à surmonter cette épreuve. Mon étoile était toute petite à peine 1 mois qu’elle poussait dans mon ventre et m’a pourtant marquée à vie Je n’ai pas su en parler c’était dur car souvent les gens ne comprennent pas ce que l’on peut ressentir Je suis contente que tu ai trouvé la force de t’exprimer pour toi, ton couple et ta famille mais aussi pour toutes les femmes qui n’ont pas su le faire Alors juste un dernier mot pour toi : merci 💖

  2. Je te lis depuis longtemps sans commenter mais là je me sens obligé de te dire tous mes frissons en lisant ces lignes, de te remercier de mettre des mots sur un acte finalement fréquent mais passé sous silence.. tant de bébés-anges dans le ciel. Et pas de lieu physique (cimetière, jardins du souvenir…) pour marquer leur passage dans nos têtes, nos cœurs mais surtout nos corps. Qu’il faut reconstruire ensuite.. Aucun. Aucune reconnaissance des médecins. Heureusement qu’il y a les doulas, les sages-femmes qui savent que c’est compliqué, long, fastidieux mais tellement important de se réapproprier son corps. Plein de pensées positives et bonne continuation..

  3. Je suis profondément désolée… Ça doit être tellement dur. J’ai fait une FC l’année dernière, un œuf clair. J’ai mis plusieurs mois à m’en remettre. Même si on te dit “il n’y avait rien”, c’est tout de même deux mois d’illusions partis en fumée… Je te souhaite beaucoup de courage et une autre grossesse, cette fois, sereine 🙂 !

  4. Je te souhaite beaucoup de douceur et d’amour dans cette énorme épreuve. J’ai perdu trois étoiles et je sait a quelle point il est compliqué de vivre cette injustice. Le personnel médical est bien trop souvent cruel et insensible face a cette perte.. Pour notre troisième étoile nous avons fait le choix de rester chez nous, les adieux se sont fait dans notre lit, mon mari tenant ma main. Je vous souhaite, a toi et a ta famille, beaucoup d’amour, encore et toujours de l’amour.
    Avec tout mon soutient.

  5. Bonjour,
    Je suis tombée sur ton blog un peu par hasard, tout comme sur cet article que tu as écrit sur la perte de votre enfant. J’en suis sincèrement et profondément désolée… Je ne suis pas maman, mais souhaite le devenir un jour. Je ne peux pas comprendre la profondeur de ta tristesse ou ta colère, mais j’ai travaillé dans une association qui accueille des parents ayant vécu cette lourde expérience… et cela m’a énormément touchée. Finalement j’ai été heureuse de pouvoir en apprendre autant sur les grossesse difficiles, la fausse-couche, la perte ou le deuil d’un enfant, parce que je dispose maintenant de plus d’outils pour accompagner et aider les personnes ayant traversé cela dans mon travail psychothérapeute. Et c’est d’ailleurs bien dommage que le personnel soignant ne soit pas mieux informé ou formé à cette problématique…
    Cette association c’est AGAPA (https://www.agapa-suisseromande.ch/wp/). Elle est malheureusement trop peu connue. Mais il y a plusieurs antennes en Suisse, dont une à Fribourg. Ils organisent des ateliers, des “café-deuil”, des conférences, des journées thématiques, pour les professionnel-le-s, comme pour les privé-e-s. Ils proposent également des suivis thérapeutiques, en individuel, en couple ou en groupe selon la demande qui leur est faite.
    Voilà je te souhaite beaucoup de courage pour la suite, et de bienveillance également, envers toi-même d’abord, et envers ta famille, et beaucoup d’amour pour retrouver une certaine sérénité face à cette difficile épreuve…

    Puis je me réjouis d’avoir un peu plus de temps pour lire d’autres de tes articles 🙂

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